Biennale de Venise 2015 – pavillons belge et coréen

Anaïs vous emmène déambuler parmi les divers pavillons de la Biennale de Venise 2015… La première partie est à retrouver ici. Bonne visite !

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PAVILLON BELGE – Vincent Meessen


Plutôt que d’exploiter à lui seul le pavillon belge, l’artiste Vincent Meesen a préféré inviter de nombreux artistes à se joindre à sa démarche : penser l’avenir des mondes – invitation et titre de la biennale – dans une confrontation des points de vue. Si le va-et-vient Nord/Sud, colonisateurs/ex-colonisés ou pays développés/pays en voie de développement sont des schémas classiques de dialogues artistiques, maintes fois usés par l’art contemporain, il est notable (et cette exposition est un élément que j’ajoute à la liste de mes observations personnelles sur le terrain) que la Belgique semble porter une forte empreinte et un important besoin de regarder et réfléchir à son rôle dans la conquête de sa seule colonie, le Congo. Aussi, lui laisser la parole pour dépeindre le monde de demain par le biais de ses artistes est-il un symbole fort de repentir*.

Portrait groupe d'hommes warua (C) Sammy Baloji via www.belgianpavilion.be

Portrait groupe d’hommes warua (C) Sammy Baloji via http://www.belgianpavilion.be

La dimension institutionnelle et représentative de la présentation laisse entrevoir une volonté générale d’aller de l’avant par la collaboration, qui reste une valeur prioritaire pour ce pays tiraillé par ses multiples identités. De plus, la Biennale, qui se tient sur deux lieux majeurs à Venise, prend ses racines dans l’espace du Giardini, au cœur des pavillons nationaux dont ne disposent pas les pays du Sud, arrivés récemment dans le monde de l’art contemporain. Durant cet accrochage, une mise à égalité des cultures a semblé possible…

L’artiste s’est positionné en tant que commissaire, régisseur, agent pour l’occasion. Exposition dans l’exposition, le pavillon belge m’est pourtant apparu comme une forme de respiration dans ma longue visite. En effet, la différence est flagrante, et jamais la simple forme de l’exposition collective ne m’a paru si inventive, dans ce dédale d’installations immersives. De plus, les travaux présentés usent de médias et techniques très variés, à l’image d’une création contemporaine qui ne réside pas seulement dans les nouvelles technologies audio-visuelles comme le laissent transparaitre la plupart des pays exposants. Photographie argentique, sculpture d’assemblage, installation vidéo, fresque murale, photogravures et même robotique formulent des opinions et composent des regards lancés sur le passé, le présent et l’avenir des anciennes colonies. Je ne m’amuserai pas à analyser et décrire chacun des travaux présentés, à l’exception du robot de James Beckett.

Derrière une vitre, un petit monte-charge fait son œuvre : il se déplace dans la largeur de la vitrine, derrière une table, porté par un mat le long duquel il monte, descend, et pivote. Derrière, des étagères de parallélépipèdes en nuances de gris où il attrape un titre, souvent le nom d’une ville et d’un quartier, pour le disposer sur la table devant nous ; il agence, à côté, des blocs qui dessinent la nouvelle aridité urbaine de ce quartier, dans un pays à l’urbanisation accélérée et destructrice du paysage. Le thème, aussi connu soit-il, prend ici la forme la plus étonnante qui soit : un programme voué à modéliser, détruire, ranger et recommencer jusqu’à ce que le conducteur de la machine décide enfin de l’éteindre. La conclusion parfaite d’une exposition très humaine et enthousiasmante quand à la richesse de la création congolaise.

*J’ai pour ma part un avis sur l’art français, son engagement et son rapport à notre passé colonial que j’ai bien tenté de formuler avec objectivité, mais rien n’y fait. Alors je m’abstiens jusqu’à la sortie de mon manifeste en faveur d’un art plus conscient…

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PAVILLON CORÉEN – Moon Kyongwon et Jeon Joonho


"The Ways of Folding Space" via www.korean-pavilion.or.kr

« The Ways of Folding Space » via http://www.korean-pavilion.or.kr

Des écrans derrière les baies vitrées du pavillon projettent des extraits vidéo aux allures de bande-annonce de l’exposition intérieure : The ways of folding space and flying.

Évoquant l’étrange et pesant univers de Intelligence artificiel de Spielberg, le film est muet, dénué de scénario et d’échange, habité par un seul personnage. La femme mise en scène est dépourvue d’expression, et tend plutôt vers l’avatar robotique que vers l’humain incarné. Elle explore son espace d’habitation en quête d’expériences de nature à éprouver : elle court dans sa roue-simulatrice de forêt comme un hamster, ou se dresse devant un écran-simulateur de mer avec mutisme. La vidéo d’une assez courte durée est montée en boucle. Plus qu’un défaut de présentation, l’effet produit est une altération de la perception initiale : la prouesse technique et le génie technologique devient vite une prison dont le spectateur serait le visiteur, un univers clos, oppressant et terriblement répétitif.

Dans une pièce voisine, un jeune asiatique est habillé d’un costume médiéval de type occidental. D’une lampe à huile, il éclaire son visage. Immobile, son reflet s’agite doucement sur une flaque à ses pieds, dans un tableau vivant qui n’est pas sans évoquer ceux de Bill Viola. Puis alors, il se retire, laissant derrière lui ce qui était jusqu’à présent son image dans l’eau. Mirage ? Fantasme ? Confusion des origines ou jeu de rôle et appropriation d’un passé qui n’est pas le sien ? La proposition, sans réponse fixe, a su être une expérience onirique riche de possibilités, liée à un trouble de l’identité ethnique et individuelle.

Malgré un scénario d’anticipation plutôt pessimiste, cet ensemble, d’une maîtrise technique parfaitement à propos et qu’on imagine très présente en Corée, a su faire de ce pavillon une des réussites de cette biennale. L’outil vidéo et technologique y est utilisé comme un outil de projection dans le dépassement de nos frontières physiques, l’avenir vers lequel nous cherchons à tendre depuis longtemps.

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