Rugissement du Matin Calme

Sipjangsaengdo, les dix symboles de longévité © Musée Guimet, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

Sipjangsaengdo, les dix symboles de longévité © Musée Guimet, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

En l’honneur de l’année France-Corée, le musée national des arts asiatiques Guimet organise de multiples évènements : conférences, projections de films, ateliers, et bien sûr, expositions.

Tigres de papier : cinq siècles de peinture coréenne nous introduit à la peinture du royaume de Joseon, nom que portait la Corée lorsqu’elle était régie par la dynastie Lee de 1392 à 1897. Tranche chronologique exceptionnellement longue, la période de Joseon est le moment où les âges d’or côtoient les troubles politiques. L’exposition choisit d’unifier la peinture de Joseon de manière thématique, afin de présenter une Corée ancienne peut-être peu familière à nombre de visiteurs. Les différentes applications de ces peintures, leurs sujets, leurs contextes d’exécution sont ici au cœur du propos.

On s’attache avant tout à mettre en évidence les liens et différences artistiques et culturelles de Joseon avec l’empire de Chine et l’empire du Japon, peut-être pour défaire des clichés contradictoires et tenaces selon lesquels le « Pays du matin calme » serait le « royaume ermite » totalement replié sur lui-même qui enchantât Apollinaire, ou bien que sa culture ne serait qu’un résultat de l’influence de ses puissants voisins. Cette vision dépassée de la culture coréenne résulte souvent de raccourcis, voire d’ignorance de l’histoire du pays.

En mettant l’accent sur le rôle des peintures dans les pratiques cultuelles, bouddhistes ou chamanistes, ou bien les focus sur l’univers lettré et la forte emprunte confucianiste par les objets présentés, on montre qu’influences étrangères et spécificités nationales ne sont pas mutuellement exclusives. Par là, Tigres de papier s’inscrit admirablement dans le programme de Saison de Corée lancé par Guimet et dans l’ensemble de l’année France-Corée, qui participent à dépoussiérer une image obsolète du passé de ce pays, ce dont on ne peut que se réjouir, qu’on soit coréanophile convaincu ou simplement curieux.

Sansin, le dieu de la montagne © Musée Guimet, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

Sansin, le dieu de la montagne © Musée Guimet, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

Pour ce faire, Guimet a puisé dans ses abondantes réserves d’objets coréens, ce qui nous donne l’occasion de les apercevoir puisque ceux-ci sont rarement visibles dans le département Corée des collections permanentes du musée. Au cœur de l’année France-Corée, on est cependant surpris de ne trouver aucun prêt de musée coréen.

Tigres de papier est ouvert jusqu’au 22 février au Musée Guimet, et on vous recommande très, très fort de jeter un œil, voire deux, à l’installation de Lee Bae, artiste contemporain (quelques étages plus haut, jusqu’au 26 janvier) et à l’éblouissante exposition au Panthéon Bouddhique (à quelques dizaines de mètres, jusqu’au 14 mars) Intérieurs coréens – Œuvres de In-Sook Son.

Portrait de fonctionnaire © Musée Guimet, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

Portrait de fonctionnaire © Musée Guimet, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

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« Tigre de papier » au Musée National des Arts Asiatiques Guimet
6 place d’Iéna 75116 Paris
Métro : Iéna/ Trocadéro/Boissière Bus : n° 22, 30, 32, 63, 82
Tarifs de 7 à 9.50 €
http://www.guimet.fr/

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