Printemps de Bourges : J4, Christine Salem, Angélique Kidjo, Benjamin Clementine

© Anaïs Lapel

© Anaïs Lapel

Bien que ce ne fut pas mon intention initiale, hier, ma journée a exploré les plus grosses voix du Festival. Après une rencontre avec le très énigmatique Nosfell, dont vous pouvez consulter l’interview, j’ai pu assister à un concert « World Music » à l’Auditorium avec Christine Salem puis Angélique Kidjo. Un environnement pour le moins classique et convenu pour ces sonorités très dansantes…

Christine Salem a ouvert le bal de sa voix puissante pour nous emmener dans son univers musical, pas à pas. Un univers lié à ses racines, à des traditions et des croyances dont elles nous a fait part pour introduire ses morceaux. Un brin pédagogique comme approche pour un public occidental qui ne peut qu’acquiescer sans véritablement comprendre… De toute évidence, sa prestance vocale et musicale suffisaient à transmettre toutes les émotions fortes contenues dans ses paroles et ses rythmes. Car chaque nouvelle chanson a sonné comme une invocation, une voix qui s’élève dans le silence pour vous parcourir de frissons. Les percussions qui l’accompagnaient n’ont fait que nourrir cette impression. Pas de scénographie spectaculaire, ni de chorégraphie endiablée pour cette femme dont la musique s’écoute les yeux fermés…

Anaïs Lapel

© Anaïs Lapel

Elle a passé ensuite le relais à la grande Angélique Kidjo. 4 musiciens l’attendent sur scène, avec des moyens musicaux bien plus importants. L’artiste arrive, boubou de wax et foulard dans les cheveux, déployant cette indicible « beauté » évoquée lors de notre rencontre. Et le show va crescendo ! Cette voix, ces rythmes, cette présence sur scène. Là encore, le minimum d’artifice pour cette artiste-spectacle. Parce qu’elle fait tout : elle chante, elle danse, elle joue des instruments, le tout avec une énergie contagieuse qui emporte certains spectateurs qui ne peuvent se retenir de danser !

Mais l’agent de sécurité présent veille à notre calme le plus complet devant cette artiste qui ne demande qu’à être suivie. A mi-chemin du spectacle, elle nous invite à contrevenir à la règle :

« Levez-vous ! Dansez ! On s’en fout de l’autre, là… » hurle-t-elle dans son micro.

Et la salle de l’auditorium ne se rassiéra pas avant la fin du spectacle, traversée des ondes de Eve, cet album-ode aux femmes d’Afrique et du monde entier. Le concert devient alors une grande fête : on tape dans les mains timidement, puis on chante, puis on danse, puis certaines personnes iront la rejoindre sur scène avant qu’elle ne descende faire le tour de la salle dans son entier pour serrer la main des femmes, ou se la faire embrasser par les hommes !

Ce tempérament explosif terriblement communicatif m’a fait vivre un pur moment de bonheur. Jamais une salle de concert n’avait autant manifesté la joie d’être présent ! Je ne suis ni vaudou, ni chamane, ce concert n’a pas été une révélation, mais une fenêtre dans ce festival, avec une approche de la musique que chacun de nous devrait vivre…

© Anaïs Lapel

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Je sors de cette salle avec la conviction qu’il sera difficile d’égaler ce que je viens de vivre aujourd’hui. Je quitte alors les rives d’Auron, et prends la route du centre historique, où se tiendra au Palais Jacques Cœur, le concert de Benjamin Clémentine. Je ne connaissais pas cet artiste, j’avais vaguement écouté 2 ou 3 titres, dans lesquels sa voix, là encore, m’avait impressionnée. Dans la cour du palais, un barnum de toile transparente a été dressé. Dommage que ça sente vaguement le plastique fondu… Puis le jeune artiste entre avec discrétion.

Il monte sur l’estrade, s’installe devant le piano de concert. Timidement pour commencer, il s’envole après, porté par sa voix. Habillé d’un paletot noir, le visage immergé de moitié dans l’obscurité, le personnage ne manque pas de théâtralité. Mais ses interventions laissent deviner un humour certain derrière ce jeune homme qui se plait à jouer le mystère de son personnage.

Interprète incroyable, aidé d’un simple piano, Benjamin Clémentine nous raconte des histoires. Des histoires simples qui résonnent tout autrement dans cette voix oscillant entre faiblesse et puissance, les graves et les aigües avec une amplitude folle et une aisance incroyable. Cette prouesse technique est mise au service d’une expressivité soutenue par un piano dénué de partitions, qui suit ce personnage dans son lyrisme.

Bien que renouant mieux que quiconque avec la forme ancestrale de la musique comme expression des sentiments, Benjamin Clémentine est un créateur dans l’air de son temps, résolument original. Après deux rappels, il quittera le public, conquis, les larmes aux yeux.

Anaïs Lapel

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