La cigarette

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Crâne de squelette fumant une cigarette, 1885-86
Vincent Van Gogh (1853-1890)
Huile sur toile, 32 x 24.5 cm
Musée Van Gogh d’Amsterdam

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Pas très conventionnel pour un Van Gogh, n’est-ce pas ? Si l’on connait l’aspect torturé de la personnalité du peintre et ses ciels tourmentés, il est plutôt rare de le voir aborder directement le thème de la mort.

Précisons cependant que le chiffre inscrit sur la clavicule nous indique qu’il s’agit là d’une composition à partir d’un modèle anatomique, et non d’un pur délire de l’artiste. En effet cette toile, bien que loin de l’esthétique doucereuse et académique de la fin du XIXe ou même des Tournesols, n’est pas véritablement macabre, ni complètement satirique. Sur un fond aveugle et sombre se détache un squelette aux os cendrés, de trois-quarts, une cigarette coincée entre les mandibules. Touche vivante, humaine, pleine de dérision.

Pourtant, il reste difficile de croire que Van Gogh s’est contenté de légèreté avec cette œuvre. Cela peut paraître exagéré, voire paradoxal, mais on peut percevoir dans ces orbites vides une certaine dignité, et un détachement presque narquois. Comme si cette composition, en apparence un jeu d’étudiant, allait plus loin. Une manière de désacraliser la mort ? D’en montrer le côté vivant ? Un memento mori à l’envers, la mort faisant un pied-de-nez à la vie ? Ce n’est pas une, mais mille interprétations qui s’avèrent possibles, l’une n’étant pas plus probable que l’autre.

La touche résolument moderne et le fort clair-obscur renforcent la magnanimité de ce crâne comme l’intensité de la scène, en évitant de lui donner l’aspect d’une vulgaire moquerie. Et si Van Gogh avait tenu à rendre un peu d’humanité à cet être anonyme et silencieux, le plus conciliant des compagnons de travail?

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