L’arabe du futur : chronique BD

Bon, je le sais, je suis à la bourre, j’arrive après la bataille. Le bon moment pour faire un article sur cet album, c’était probablement quand il est sorti, en mai 2014, ou quand il a reçu le Fauve d’Or, prix du meilleur album au festival d’Angoulême 2015. Mais si comme moi, vous ne suivez pas toujours l’actualité à la minute près, vous vous inventez régulièrement que vous n’avez plus le temps de lire, ou bien parfois, vous aimez juste vous mettre dans une caverne et vivre les choses à votre rythme et non celui de Twitter, alors vous trouverez peut-être un intérêt à cet article.

Du coup, y’a quelques jours, je flânais dans une librairie indépendante pour mon plus grand bonheur, et je suis tombée sur L’arabe du futur, de Riad Sattouf, avec sa petite étiquette en or, et son titre qui me disait quelque chose. Du coup, je l’ai rajouté à ma pile de livres, déjà précaire dans son équilibre, et je n’ai pas regretté : j’ai dévoré ça en deux coups de cuillère à pot, entre deux problèmes de RER. 

L'arabe du Futur - Riad Sattouf © Allary Editions - 2015.

L’arabe du Futur – Riad Sattouf © Allary Editions – 2015.

C’est l’histoire d’un mec de Riad, boucle d’or version méditerranée, parce que sa maman est bretonne, et son papa arabe, qui est trimballé dans sa petite enfance entre France et Moyen-Orient. Mais en fait c’est surtout l’histoire de son père, professeur émigré syrien réfugié en France puis parti vivre en Libye, admirateur du panarabisme, et enjoué politique bien que lucide sur les dictateurs moyen-orientaux qui le fascinent. 

C’est toujours un parti pris intéressant que celui du point de vue de l’enfant – on pense bien sûr à Persepolis de Marjane Satrapi, qui traite d’ailleurs plus ou moins des mêmes thématiques. Ca permet d’être drôle, touchant, tout en parlant de choses plus ou moins graves, d’un ton léger. Cependant, le discours de fond soutenu par la « voix-off » du bébé devenu adulte, permet de ne pas perdre l’importance didactique, politique, de l’histoire. Riad nous raconte l’histoire d’une vie, anecdotique et singulière, mais pourtant semblable à mille autres pareilles. 

La vie de ce petit garçon, ses joies et ses craintes, aussi minimes qu’elles soient, ses départs et arrivées, ses ressentis, sa famille, nous porte doucement à travers le conte géopolitique de notre époque du Proche et Moyen-Orient. La récit est intelligent et efficacement soutenu par les dessins clairs et drolatiques de l’auteur.

A travers le rire, l’anecdote, le style un peu caricatural, Riad Sattouf tente subrepticement d’expliquer, de présenter le discours finalement doux-amer qu’est celui du père. Ce père, trop fort, porte en lui la déchirure des émigrés, enfants apatrides, tiraillés entre l’amour de leur pays et les souvenirs de leur enfance, et l’angoisse du futur doublée de la culpabilité d’être parti. Entre conviction sans borne, et désillusions ostensibles, il oscille dans ces territoires déchirés, pas tout à fait sûr d’y trouver lui-même sa place, mais luttant pour l’éducation de son fils. 

Peut-être la seule chose qui m’ait chiffonnée, c’est le personnage de la mère, qui manque peut-être un peu d’épaisseur ; présente tout au long du récit, elle semble omniprésente dans la vie de cette famille, mais curieusement, a un peu l’air de suivre son mari partout, sans poser de questions, alors que ses sentiments propres sont décrits comme tout de même très partagés sur ces allers-retours et cette vie particulière.

« A suivre… » © L’Arabe du Futur, Tome 1 de Riad Sattouf. Allary Editions, 2014. p.158

Peut-être que ça sera pour le tome 2, qu’on attend avec impatience. 

_____________________
L’Arabe du futur, Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984) de Riad Sattouf
2015
Allary Editions
20,90 euros, dans toutes les bonnes librairies.

Advertisements