Les Citrons

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Artist’s Studio – “The Dance”, Roy Lichtenstein (1974)
Magna et huile sur toile
243.8 x 325.1 cm
The Museum of Modern Art, New York

Il est rare que j’aime parler d’artistes du moment – généralement des grands noms qui, suite à une exposition dans un haut lieu du bobo parisien, se rappellent aux mémoires un peu trop sélectives. Pourtant, il a été difficile de dédaigner la première rétrospective française de Roy Lichtenstein, et puisque j’ai moi aussi une mémoire sélective et un laisser-passer à Beaubourg, me voici sous le charme de cette figure majeure du Pop Art.

Aujourd’hui, pas de réflexion sur la profondeur de ce mouvement célébrant et dénonçant le consumérisme, mais simplement un arrêt sur image. Le temps d’apprécier cette toile pour ce qu’elle est en apparence : la vision d’un studio d’artiste, ou plutôt une nature morte contemporaine, subtile tant dans ses coloris que dans les références qu’elle propose.

Cette œuvre, par ses dimensions de l’ordre du monumental (2.5 x 3 m environ) et son cadrage paraissant aléatoire, ne laissant que peu d’éléments dans leur entier, sort de leur contexte les objets disposés sur la table pour les sacraliser. A la manière de pains ronds disposés sur la nappe blanche d’une Cène, les citrons à la fois si visibles et insignifiants sont chargés de signification : ici, pas de référence biblique quelconque, mais le rappel d’un fruit régulièrement figuré chez Matisse (ne serait-ce que dans la Desserte rouge). Matisse, dont la fameuse Danse fait fonction ici d’arrière-plan ; la composition rappelle d’ailleurs étrangement un autre tableau du maître, la Nature morte avec la Danse.

Aux côtés de ces éléments fauves se mêlent des citations directes de l’œuvre de Lichtenstein, comme les lamelles blanches posées derrière les agrumes, qui sont en fait des pièces détachées de ses nombreuses sculptures en « coup de pinceaux ». Ainsi, comme ce cher Henri avait repris sa Danse dans une nature morte, Roy place l’une de ses créations précédentes sur une nouvelle toile, créant ainsi une double référence.

En associant son trait noir géométrique et ses couleurs primaires à la fluidité des formes et à la vivacité des teintes du fauvisme, l’artiste réussit à s’inscrire dans la tradition tout en la renouvelant (sans pour autant la dénaturer).

Louise

 

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