« The Grand Budapest Hotel », par Wes Anderson

The_Grand_Budapest_HotelOn vous parle enfin ciné sur JBMT ! A l’ordre du jour, l’excellent The Grand Budapest Hotel, du non moins merveilleux Wes Anderson. Nous vous avions déjà parlé de son film Moonrise Kingdom, un grand coup de cœur ; mais dans ce nouvel opus, le synopsis se veut plus sanglant, et l’univers certainement moins enfantin.

Par récits interposés, nous en venons à découvrir la trépidante histoire du concierge du prestigieux Grand Budapest Hotel, Gustave H, et de son « lobby boy » Zero Mustafa. L’un gigolo, l’autre réfugié politique étourdi, ces deux anti-héros se retrouvent impliqués dans de sombres histoires, suite au décès de l’une des multiples maîtresses âgées et fortunées de Gustave.


Ici, Wes Anderson met au point son intrigue à partir de nombreux clichés, notamment dans le scénario, maintes fois revisité, des enfants cupides se disputant l’héritage sur le corps maternel encore tiède. Certains personnages sont également conçus à partir de stéréotypes : la gentille, jeune et douce blondinette, les méchants aux traits anguleux et aux dents acérées… Mais parallèlement, certains passages ou traits de caractères vont être tout à fait inattendus, voire incongrus. Ainsi, en partant d’une réalité « admise », le réalisateur intègre des incohérences et originalités qui ne vont paraître que plus remarquables. Un monde surréaliste en somme.


Passons rapidement sur les acteurs, valeurs sûres dans le domaine, même si l’on peut reprocher une trop brève apparition de Bill Murray (Bill, revient, on t’aime). On notera aussi la côte des comédiens français outre-Atlantique, puisque l’on retrouve entre autre au casting Mathieu Amalric et Léa Seydoux, bien que la diction monotone de cette dernière nous éreinte progressivement.

Les décors, eux, se situent dans le digne héritage de Moonrise Kingdom : des teintes pastel, des assemblages de carton-pâte, un environnement de maisons de poupée et de petits trains. La musique, quant à elle, se distingue du dernier film de Wes Anderson. Plus de chansons yéyés, mais des mélodies entraînantes tout droit sorties de boîtes à musique, collant parfaitement à chaque scène – soit en accentuant l’atmosphère du moment (inquiétante, joviale), soit en jouant du contraste (un rythme enjoué accompagnant un meurtre). De manière générale, The Grand Budapest Hotel nous offre à voir un univers parfaitement peaufiné, raffiné jusque dans ses moindres détails.


Voici pour la forme, mais qu’en est-il du fond ? Les thèmes abordés sont finalement emprunts d’une certaine noirceur. Certes, on retrouve un monde adulte infantilisé, tandis que ce sont les plus jeunes qui se montrent téméraires et responsables. Mais Wes Anderson évoque également des thèmes plus lourds, comme l’invincibilité de certains potentats, la difficulté de respecter ses convictions en toute circonstance, ou encore celle d’avoir le statut d’un étranger dans sa terre d’adoption. D’une manière plus évidente, le réalisateur revient sur la sombre période de la Seconde Guerre mondiale, dépeignant non sans dérision des « ZZ » que l’on achète à coups de sucreries, et qui dégainent leur arme au moindre mouvement, sans chercher à réfléchir.

En résumé, The Grand Budapest Hotel a su nous séduire par ses péripéties ubuesques et son univers à nul autre pareil. Seul léger problème pour les adeptes de VOSTF, les longs sous-titres s’enchaînent à vitesse grand V, entravant parfois notre compréhension des dialogues.

 

Louise Deglin

The Grand Budapest Hotel :

  • Un film de Wes Anderson, avec Ralph Fiennes, Edward Norton, Jude Law, F. Murray Abraham…
  • Sorti le 24 février 2014
  • 99 minutes
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