Après Eden – La collection Walther à la Maison Rouge

Pour le monde de l’art à Paris, le mois d’octobre ne signifie pas tant l’arrivée des fraîcheurs automnales ou les couleurs flamboyantes des arbres des bords de Seine, que l’un des moments clés du calendrier artistique français : la FIAC, ou Foire Internationale d’Art Contemporain. Pour rester en harmonie avec cette bouillonnante atmosphère générale, la Maison Rouge a logiquement choisi depuis plusieurs années de mettre en valeur chaque automne le rôle et la figure d’un collectionneur dans une exposition.

En ce moment, les 800 oeuvres photos et vidéos exposées proviennent de la collection Walther, constituée par l’allemand Arthur Walther depuis une vingtaine d’années, moment où ce magnat de la finance prend sa retraite et décide de se consacrer entièrement à sa vraie passion : la photographie. Il a depuis réuni ce qui est à ce jour considéré comme l’ensemble le plus important de photographie asiatique et africaine contemporaine au monde. Il s’intéresse cependant à des artistes de toute nationalité, notamment de son pays d’origine, et une partie de son engagement dans le collectionnisme vient de l’amitié qu’il a nouée avec Bernd et Hilla Becher (disparue tout récemment).

Friends, Malick Sidibé

Friends, Malick Sidibé

L’idée de la fondation et du collectionneur n’est pas de simplement présenter la diversité (époustouflante) des photographies réunies par Arthur Walther, mais d’en donner une lecture problématisée et réfléchie. C’est pour cela qu’ils ont d’un commun accord décidé de faire appel au brillant commissaire d’exposition indépendant Simon Njami, créateur de la Biennale Africaine de Photographie, de la Revue Noire et également à l’origine de l’exposition Africa Remix en 2005, présentée entre autres au Centre Pompidou.

Ce choix s’explique par la convergence des intérêts de Njami et de Walther, d’une part visible via l’ampleur que prennent les photographies extra-occidentales dans la collection, et d’autre part sensible dans l’organisation de l’exposition qui s’articule autour de plusieurs grands axes en s’interrogeant sur des caractéristiques propres au medium photographique. C’est la confrontation de ces deux points de vues d’érudits passionnés qui permet une mise en valeur des intentions de Walther comme collectionneur.

Ainsi, l’exposition prend un aspect revendiqué de «cartographie» de la collection, en s’appuyant sur plusieurs angles d’approche : la place de la nature, les portraits, la question de l’altérité… Le but est de faire ressortir par ces grandes catégories les intérêts d’Arthur Walther pour la sérialité et pour la photographie comme outil taxinomique, comme le signale dès l’entrée le magnifique ensemble de photographies végétales de Karl Blossfeldt. Ces étapes se succèdent dans le parcours sinueux de la Maison Rouge, affichant une suite étourdissante de noms célèbres de la photographie des cinquante, voire cent dernières années dans des styles très éclectiques.

En effet, des originaux de Seydou Keita, un des premiers photographes portraitistes africains, en passant par les célèbres analyses de mouvements par Edward Muybridge ou alors le mondialement connu cliché d’Ai Weiwei brisant un vase Han, la richesse de la collection et sa diversité sont à elles seules une excellente raison de se déplacer jusqu’à la fondation. La présentation de ces photographes du monde entier permet aussi un éclairage pluriculturel de la Photographie assez rare dans les collections privées occidentales et qui permet de montrer, comme le dit très bien Simon Njami, le parti-pris humaniste d’une universalité de certains thèmes dans la photographie, malgré des traitements et des approches différentes dans le temps et dans l’espace.

Zhang Huan

Zhang Huan

Cette alternance de thèmes très contrastés peut parfois donner un goût d’incohérence à l’ensemble de l’exposition, inévitable vu le parti-pris. Mais à petite échelle, les dialogues entre les photographies juxtaposées permettent vraiment de faire ressortir ces ponts inattendus entre des artistes très éloignés, et donne donc la possibilité d’un éclairage inédit sur les œuvres tout en laissant une grande liberté d’interprétation au spectateur. Le pari de Simon Njami et d’Arthur Walther de faire ressortir l’importance du rôle d’un collectionneur passionné dans les liens qu’il établit entre ses œuvres est donc ici remporté avec brio.

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« Après Eden. La collection Walther » à la Maison Rouge
Jusqu’au 17 janvier 2016
plein tarif : 9 euros ; tarif réduit : 6 euros
Plus d’informations ici

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